Rodolphe Burger et Christophe Calpini, qui coréalisent Good, se sont rencontrés par Bashung.

Un petit studio suspendu entre une autoroute et des vignobles vaudois, inscrits au patrimoine. Rodolphe Burger se déplace lentement, il pose une guitare sur ses genoux. Il n’y a pas de grands gestes, il n’y a pas de grands cris. Seules les crépitations d’un 78 tours. Ils se souviennent de Dean Martin, dans « Rio Bravo ». My Pony, My Rifl e and Me. Un western de Suisse et d’Alsace, l’ultime road trip des périphéries.

Rodolphe Burger et Christophe Calpini, qui coréalisent good, se sont rencontrés par Bashung. Burger a tricoté « Fantaisie Militaire ». Calpini, avec son duo Mobile in Motion, a étoffé « L’Imprudence ». Bashung est leur pont, leur bayou. Burger et Calpini ont résidé ensemble au Théâtre Vidy-Lausanne, puis ils ont pris le Théâtre antique d’Arles lors des Rencontres de la Photographie.

On se souvient très bien de cette nuit où ils donnaient une bande originale au film centenaire d’Edward S. Curtis, « In The Land of The Head Hunters ». Sur ces images d’Amérindiens hallucinés, relus à l’aune du mythe, Burger et Calpini déplaçaient déjà les temps. Tout n’était que frôlement de blues, et vrombissement de rock, tout n’était que raucité d’un duo qui ne croit qu’en la musique comme texture.

Ils auraient pu enregistrer ensemble, plus tôt. Le projet « Psychopharmaka » de Rodolphe Burger, qui concernaient les germanismes de marge (Alsace, Suisse, dissidents allemands), était prêt à l’accueillir. Mais Christophe Calpini voyage mal. « Il est notoirement casanier », dit Burger. Il fallait attendre good. L’odyssée immobile où une poignée de mots font prendre de la vitesse.

On voit parfois Burger, depuis Kat Onoma, depuis cette maison de Charentes où il jongle avec Cadiot, comme un musicien du verbe. Au coeur de good, il y a bien les 434 vers de The Wasteland, T. S. Eliot. Il y a E.E. Cummings. Il y a les fragments de « Lenz », écrits par Georg Büchner à Strasbourg.

« C’est mauvais signe quand on a besoin d’expliquer », dit-il un soir d’été tardif devant un poulet broché. Burger traite la poésie comme il traite sa guitare ; saturées d’indices auxquels il boute le feu. Le monde selon good est une bibliothèque qui flambe, sur laquelle volent des mémoires dispersées.

Ainsi, le quatrième album solo de Rodolphe Burger (qui succède à « No Sport » et aux aventures qui s’en sont suivies, avec déjà Alberto Malo et Julien Perraudeau) est un disque profondément sensuel. Un truc de « shaman », murmure Burger en parlant de Calpini. Des voix surgissent de très loin : celle de Sarah Murcia, celle de Patrick Mario Bernard qui chantonne. Des batteries digitales, des insectes électroniques qui énervent de très vieilles guitares dégottées dans un atelier vaudois.

On n’a presque jamais vu d’entreprise plus fluide que ces sessions estivales, la douceur des générations mêlées, cette façon de traiter la musique comme un festin. good est une contredanse nébuleuse dans un saloon européen. « Le son du variateur quand la lumière faiblit. » C’est cela, exactement.

ARNAUD ROBERT

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Track Listing

01GOOD
02HAPPY HOUR
03CUMMINGS
04POÈME EN OR
05RIEN NI PERSONNE
06FX OF LOVE
07PROVIDENCE
08AN LILI
09PAINKILLER
10WASTE LAND
11HARD TIMES
12LENZ

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infos

Label
Dernière Bande
Date de Sortie
2017
Édition
Dernière Bande

Crédits

enregistrement Studio Blend à Lutry (Suisse), Klein Leberau (Alsace) et Antoine Vaccaro Store • mixage Christophe Calpini au studio Longiroad (Suisse) • Rodolphe Burger guitare, voix • Christophe Calpini rythmiques électroniques • Julien Perraudeau claviers • Alberto Malo batterie • Sarah Murcia contrebasse et voix sur An Lili, voix sur Cummings • Patrick Mario Bernard voix sur Fx of Love et Hard Times • réalisation Rodolphe Burger et Christophe Calpini • suivi de réalisation Léo Spiritof • mastering Jean PIerre Chalbos • artwork Patrick Mario Bernard • graphisme Cédric Scandella • production exécutive Michaëlle Roch • assistance Léonie Talbot

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